Ballons XIV

 

D’accord. Okay. Oui, je sais. Je vous l’accorde. J’aurais pu vous présenter ces quelques clichés en collant à l’événement. C’est vrai. Pourtant NON. Trop d’images circulaient. Chacun y allait de son angle, déposait

sa vision sur la toile. J’ai pris le couvercle, fermé la marmite et laissé reposer, comme une boune grousse préparation montagnarde version sarthoise, une foune sans jus d’ail. Encore un peu de liqueur d’échalotes ?

 

Ouverture du récipient. Hummmm. Quel fumet ! Trois sélections plus tard, je suis en mesure de vous proposer une soixantaine de photographies de montgolfières. Allez tous en ballons et on souffle ! Quoi dans le ballon ? Oui mon capitaine !

 

 

JADIS

 

Je me souviens très bien de l’année 1984. J’étais avec mon père. Il avait sorti le Pentax et le 300 mm. C’était la première fois que Sablé-sur-Sarthe recevait le championnat de France de montgolfières. Le spectacle était magnifique. En 2004 la cité sabolienne remet ça. Je ne peux assister à la compétition. Aussi l’an passé, lorsque la ville a accueilli

le 40e championnat, je souriais avec au fond des yeux une part d’enfance, qui ne manquerait pas de jaillir.

Ce fut exactement le sentiment auquel je m’attendais : magique !!! Un pur bonheur.

 

Je commence par une série avec des vues aquatiques, de château, de ballons isolés ou en groupe, de nacelles.

 

PAGAILLE

 

Un goût d’inachevé engluait mon palais. J’étais heureux d’observer le vol de ces merveilleuses machines. Toutefois

un « je ne sais quoi pour pimenter » manquait cruellement. Un envol pardi ! Certains gars du club photo d’Asnières-sur-Vègre suivaient le championnat en vue d’une expo collective. Je décidais de m’affranchir de leurs tuyaux, les laissant travailler pour fournir au public de savoureuses images. Sans oublier que je voyageais léger. Uniquement un compact car sur mon Nikon, je ne tourne qu’au 50 mm, ce qui est trop juste pour ce type de reportage. Donc bref peu importe — expression clin d’œil perso à un ami vendéen dont j’aimerais bien un jour goûter le miel produit par ses ruches, réfléchissons.

 

On gare la voiture sur l’avenue du Québec, dans le bon sens, prête à jaillir. D’autres amateurs de ballons ont eu la même idée. Il est 17h30. Le briefing des pilotes se déroulera dans 30 minutes au gymnase du lycée Colbert. Mon père regarde sa montre et part glaner quelques infos. Peine perdue. Rien ne filtre. Il s’impatiente.

 

Soudain ça sort. Les aérostiers mettent les gaz. J’enquille. Mince c’est quoi ce binzzzzz !!! Ça gicle de toute part.

À gauche, tout droit, à droite. Tant pis j’en suis trois. Nous arrivons au golf route de Pincé. L’équipage d’une des

Biscuits Saint-Michel s’active. Le temps presse. Ce soir l’épreuve est un « retour au bercail ». Chacun choisit le point de décollage le plus favorable pour lancer sa marque sur la pelouse de l’hippodrome de Sablé. Ceci explique un peu l’ambiance chaotique. Pour faire court : c’est le bordel. Appareil de visée, ballon sonde largué. Ça discute ferme. Nouvelle sonde. Non, oui, peut-être ? Encore une. Rien à faire, l’endroit n’est pas opportun. Carte IGN en main. Mouvement.

 

Retour en ville. Sortie du bled, on prend la route du hameau des Groscollières. Un vrai cortège. Stop à la Motte. Rebelote. Pas bon. Demi-tour. D’autres concurrents arrivent en face depuis le quartier de Montreux. Quelle pagaille !

 

Des ballons sont déjà en cours de gonflage dans un pré avant le bas des Grosco’. Nous sommes toujours au cul des nacelles. Ça y est, les deux Saint-Michel ont trouvé le terrain idéal. Le dernier champ qui précède la descente vers le Port du Rocher, juste dans le virage sur la gauche. On arrête la voiture et on approche au plus près. Géant !!!

Les équipages redoublent d’efforts. Dans le bocage, les montgolfières s’élèvent de partout. Martin Vitry actionne le brûleur. C’est parti pour les deux poules. Moment d’intense réjouissance pour mon padre et mi. Vraiment cool de vivre l’action au plus près.

L‘ACCIDENT

 

Déjà samedi. Le temps a pris les heures à son cou. Cette phrase ne veut rien dire, mais je l’aime bien. Anyway, virée entre frangin pour le final. Visite de l’expo photo, passage sur différents stands. Avec Ourko, nous remarquons que le côté musical est à la limite du supportable pour nos pauvres esgourdes ! En plus, on a les crocs. Vu la queue, on va se ronger les ongles. On repassera. Bilan : reste que de la frite blanche et molle. Beurk. Pas le choix. En « savourant » le repas, je mate les clichés de l’incident.

 

Avant le grand show nocturne, les ballons ont décollé de l’hippodrome. Beau spectak, sauf que dans la précipitation le drame a été évité de justesse. Les montgolfières officielles de la compet’ partagent le ciel avec les Fiestas, celles pour les baptêmes de l’air. En cette fin d’après-midi, il s’agit d’une exhibition. C’est la fête. Le ballon Conseil Général du Territoire de Belfort, dirigé par J.Becker, frôle un mât d’éclairage. Un filin accroche un projecteur. La montgolfière est lancée. Coups de brûleur. Plein gaz. Aillllle. Ça tire de plus en plus, la nacelle est en déséquilibre. Le ballon se détache du piège, mais l’assise des brûleurs n’est plus respectée. Le feu prend dans l’enveloppe et c’est en catastrophe que le ballon se pose, endommageant la toile d’une autre montgolfière. Beaucoup de peur. Aucun blessé fort heureusement. Ce genre d’accident extrêmement rare aurait pu gâcher cette formidable semaine. C’était limite.

 

La nuit est tombée, la fraîcheur aussi. Tout le monde retient sa respiration pour le Night Glow. Plusieurs ballons, solidement fixés au sol, jouent du brûleur sur fond de Vangelis. Ensemble ou par alternance, les flammes d’un bel orange solaire terrassent l’obscurité. Really coooool !


Voilà c’est la fin. Enfin presque. Tssssssssss. Je reconnais immédiatement le bruit. Je dormais fenêtre ouverte.

Je fonce dans la salle de séjour, m’empare de mon Canon. Waouuuu. Ce n’était pas prévu ! Ce dimanche matin

il y a des ballons partout et les deux Primagaz sont juste au-dessus de mon logement. Clic-clac……. Extra.

Sous le regard menaçant

d’immenses nuages noirs,

une minuscule sphère

emporte l’enfant

que j’étais redevenu.

 

À dans dix ans… qui sait ?